Anne-Marie Cardon, porte-parole d’association

Comment elles se rendent compte qu’il est violent ?

Ça, c’est...

Elles ne se rendent pas compte tout de suite.

Non. Souvent, elles...

Ça passe toujours par des mots.

Mais des mots... Je voudrais pas les dire, c’est tellement odieux.

Donc elles voient que leur homme commence à les traiter, et puis... traiter mais avec des mots qui les touchent, si vous voulez, au niveau de leur corps, au niveau de leur intégrité personnelle, de leur personnalité, et là elles se disent, elles se sentent...

"Mais c’est pas celui que j’ai connu, pourquoi est-ce qu’il devient comme ça, qu’est-ce que (alors là, toujours) j’ai fait pour qu’il devienne comme ça ? Je suis devenue moche ? Je l’intéresse plus ?".

Plus de relations, alors là au niveau de la sexualité, c’est quand même quelque chose de très très très important.

"Maintenant il utilise mon corps, enfin, même si j’ai pas envie, qu’est-ce qu’il est devenu, qu’est-ce qui l’a rendu comme ça ?"

Et les femmes ne comprennent pas.

Alors il faut démonter complètement le fait de dire que la responsabilité et la culpabilité, parce que c’est de ça qu’elles en crèvent les femmes, eh bien elles disent, il faut qu’on arrive à les faire prendre conscience que la culpabilité, elles n’ont pas à en avoir.

Bien sûr, on essaie aussi qu’elles puissent arriver à comprendre pourquoi cet homme est devenu violent.

Et c’est à ce moment-là qu’elles nous racontent, souvent, la vie que leur homme a vécu quand il était petit garçon.

Souvent, souvent, elles me disent "Vous voyez j’ai un homme " - et c’est pour ça qu’elles l’excusent, c’est pour ça qu’elles pensent qu’elles vont le changer, elles le savaient, "Ma mère m’avait dit, tu verras, prends pas cet homme-là, t’en prendras, t’en prendras sur la figure".

Mais elles, comme une toute-puissance qui les habite, "Moi je vais le changer ce garçon-là, parce qu’il vaut le coup".