Marie-France Casalis, porte-parole de l’association "Collectif Féministe contre le viol"

L’écoute des femmes victimes de viol, ça va permettre qu’elles voient la stratégie de l’agresseur et qu’elles décryptent sa stratégie.

Alors elle est très simple, il a 5 grandes priorités.

Il va d’abord isoler la victime, soit géographiquement, soit familialement, soit socialement, et de façon à ce qu’elle ne trouve pas d’aide.

Ensuite il va l’humilier, la transformer en objet, la traiter comme une moins que rien, de telle façon qu’elle pensera qu’elle n’a aucune valeur et que personne ne peut s’intéresser à elle.

Après ça, il va installer, mettre sous terreur.

Et je crois que quand on travaille sur la violence, il faut comprendre qu’un agresseur efficace, il arrive à instaurer un tel système de terreur que sa victime n’est plus dans un état de responsabilisation où elle puisse faire ce qu’elle devrait faire ou ce qu’elle pourrait faire.

Et c’est pour ça qu’elle va se sentir responsable après parce ce qu’elle dit « J’aurais peut-être pu mais j’ai pas pensé », mais c’est parce qu’il avait installé un système qui l’empêche de penser, mettre sous terreur.

Et puis un bon agresseur, il va utiliser tout ce qu’il faut pour établir son impunité.

Établir, assurer son impunité, ça veut dire qu’il va recruter des alliés, et quand c’est quelqu’un de l’entourage, ça sera le gendre le plus charmant pour ses beaux-parents, celui qui viole et qui est violent.

Quand c’est un instituteur (puisqu’il y a des viols par thérapeutes, par médecins, par personnes ayant autorité dans des institutions) ça sera l’instituteur le plus dévoué aux enfants, ça sera le thérapeute le plus disponible, et si quelqu’un dit quelque chose, on dira "Mais c’est pas possible ! Monsieur Untel, oh non vraiment !"

Surtout qu’elle va mal, la victime, elle a un discours qui n’est pas toujours très clair, elle dit des choses plus elle revient en arrière, alors que l’agresseur il se porte bien, lui.

Tout va bien pour lui tant qu’il est calme.

Alors le dernier point de l’agresseur, c’est inverser la culpabilité, c’est-à-dire transférer la responsabilité de ce qui s’est passé sur sa victime.

Et ça, malheureusement, c’est très efficace.

Et c’est un des points sur lesquels on doit lutter de façon permanente dès les premiers entretiens.