Ava, victime de viol
Je crains de ne pas avoir de preuves solides pour étayer ma plainte et que la justice classe le dossier sans suite, pour la seule raison d’avoir toujours cru que c’était ma faute et l’erreur de ne pas avoir su en parler avant. Alors, parlez, si vous voulez vous en sortir et dormir tranquille, PARLEZ, mais BON COURAGE, c’est très dur.
J’ai quitté le foyer conjugal avec mes 2 enfants, il y a bientôt un an, après avoir consulté une avocate pour entamer une procédure de divorce. J’ai eu beaucoup de difficultés à expliquer les causes de ma demande à mon avocate, que je rencontrais pour la première fois. J’ai fini par lui écrire un résumé, de 10 pages je crois, avec beaucoup de détails. C’est elle qui m’a fait vraiment prendre conscience que ce n’était pas moi le problème, que j’étais la victime et non la coupable, comme je le croyais encore en rentrant dans son cabinet.
Victime : j’ai encore parfois le doute malgré tout. Ce sentiment de ne pas être entendu, de ne pas être cru, de honte et de culpabilité à vous empêcher de dormir avec ce cauchemar qui me suit depuis presque 5 ans, où quelqu’un me poursuit, où je crie, j’hurle, mais aucun son ne sort de ma bouche. Je me réveille, alors, je dessine, j’écris, je regarde mes enfants dormir, paisibles. Ils m’aident à tenir, je les adore.
Je ne voulais plus du quotidien que me faisait subir mon mari. Je me surprends même à avoir écrit "subit", mais entre les larmes, c’est bien ce que j’ai écrit. Tout a commencé le jour où je suis rentrée de la maternité où j’avais mis au monde mon 2ème enfant. Il avait 3 jours. Mon époux, que j’adorais plus que tout et m’avait toujours rendu heureuse depuis plus de 10 ans, mais avec qui j’avais effectivement été un peu moins disponible et moins réceptive aux câlins intimes pendant ma grossesse (à risque) s’est sauvagement jeté sur moi le soir même de mon retour avec mon bébé, alors que j’avais été recousue et n’étais pas dispo (après un accouchement, normal je pense). Je me suis refusée à lui et c’est là que tout a commencé. Il m’a menottée....La suite, je le garde pour moi, svp. Cela a duré pendant 2 ans. Ensuite, je dormais avec des pyjamas que j’attachais avec des ceintures. C’est un gros résumé, mais je ne peux pas plus, désolée, c’est trop dur et ça me fait trop de mal d’en parler. Aujourd’hui, j’ai déposé plainte pour viol.
Les seules preuves que je peux avoir, seraient ma petite fille, âgée de 8 ans à l’époque, qui m’entendais pleurer et me débattre, mais je refuse de la faire témoigner et la famille de mon mari, qui ont voulu me faire la morale un soir après avoir appris que je demandais le divorce, en me reprochant que je ne pensais pas à mes enfants. Là, devant mon époux, je leur ai avoué ce qu’était mon quotidien. Il n’a rien nié, au contraire. Ils ont même été choqués je pense. Son médecin, après une visite, lui a même demandé depuis quand il était devenu obsédé sexuel, j’y étais avec lui, je l’ai moi-même entendu. Une enquête de gendarmerie est en cours. Je ne me suis jamais confiée à personne, je le regrette, mais j’ai toujours eu la certitude que c’était de ma faute, je ne sais pas pourquoi.
Voilà, je vais m’arrêter là, je ne vais encore pas dormir, je pleure, comme souvent, je pleure...
Je ne sais pas ce que va devenir ce procès, mais en attendant, je garde le sentiment de ne pas être crue, malgré le réconfort et l’écoute que m’ont apporté les gendarmes qui ont tous été adorables avec moi pourtant, mais je crains de ne pas avoir de preuves solides pour étayer ma plainte et que la justice classe le dossier sans suite, pour la seule raison d’avoir toujours cru que c’était ma faute et l’erreur de ne pas avoir su en parler avant. Alors, parlez, si vous voulez vous en sortir et dormir tranquille, PARLEZ, mais BON COURAGE, c’est très dur. Moi, je n’ai pas eu ce courage et je le regrette aujourd’hui. Qu’il reconnaisse, c’est tout ce que je demande, pour enfin pouvoir dire : "vous voyez que j’ai pas menti !!!" Et enfin me remettre à rêver.
Je vous prie, PARLEZ-EN, ne faites pas comme moi, je suis trop mal aujourd’hui à cause de m’être enfermée dans mon silence pendant des années et avoir réagi trop tard.