Yasmina, victime de mariage forcé et de violences
Je les ai supplié de me défaire de lui, de me laisser rompre ces fiançailles, qui n’en étaient pas, mais il n’y avait rien à faire, c’était lui un point c’est tout, je n’avais que 15 ans.
J’ai 27ans et mon calvaire a duré 12 ans. Ça a commencé par un mariage arrangé et forcé, mes "fiançailles" ont duré 5 ans, 5 ans de pression, de discours persuasifs, 5 ans durant lesquels mes parents été ravis à l’idée de me marier.
Mon pseudo fiancé alors âgé de 27 ans me harcelait au prétexte qu’étant sa fiancée il avait des droits sur moi, notamment celui de devenir français en m’épousant civilement avant ma majorité pour pouvoir me rejoindre en France et être avec moi, apprendre à mieux me connaître avant notre mariage définitif. J’aurai dû accepter, il aurait alors régularisé sa situation, et aurait divorcé tout de suite après. J’ai ou plutôt mes parents ont refusé cet arrangement.
Je les ai supplié de me défaire de lui, de me laisser rompre ces fiançailles, qui n’en étaient pas, mais il n’y avait rien à faire, c’était lui un point c’est tout, je n’avais que 15 ans.
Au mariage j’ai pleuré, sans arrêt, en espérant que d’une façon ou d’une autre il y aurait un retour en arrière possible.
Le mariage devait être consommé, et il l’a été, je l’ai subi comme une obligation de plus, comme une humiliation de plus...
Très peu de temps après je découvre que je suis enceinte, j’ai à peine 18 ans, des études à entreprendre, je ne peux pas avoir d’enfant. Pourtant je suis obligé de l’avoir, d’arrêter avant même de les avoir commencé mes études. Ce n’était pas envisageable, il avait promis de me laisser étudier, il n’avait pas le droit de me l’interdire. Alors, la 1ère gifle tombe, les premiers coups aussi. Les insultes, les cris, les humiliations, le harcèlement, le chantage, et tout le temps, sans arrêt, la peur qui fait maintenant partie de moi. Mon estomac se contracte à chaque fois que je l’entends rentrer et refermer cette porte à clé.
Je n’ai rien, ni mes clés, n mon chéquier, ni même mes pièces d’identité qu’il garde en permanence sur lui. J’ai peur tout le temps, personne ne me croit, je ne sais pas quoi faire, jusqu’au jour où je décide que c’est fini, que je dois partir, que j’ai peur de mourir en restant avec lui. Il me bat, m’insulte, me menace, me suit partout, j’ai peur mais je dois revivre, je n’ai pas le droit de le laisser me tuer.
J’ai retrouvé espoir et confiance aujourd’hui, j’ai rencontré quelqu’un qui m’y a aidé sans le savoir je crois.
J’ai 27 ans, docteur en philosophie, j’ai quelques difficultés encore à réaliser tout le chemin parcouru depuis 1996. Aujourd’hui il ne fait plus partie de ma vie ni de celle de mon fils. Je ne pourrais jamais oublier, ni pardonner. Je veux juste témoigner pour dénoncer une réalité qui frappe beaucoup trop de jeunes filles encore aujourd’hui. Il est ici, il vit ici avec sa femme en situation irrégulière, il s’est servi de moi, m’a utilisée, battue, violée, humiliée, insultée pour vivre ici.