Harcèlement sexuel au travail
Cette place, je m’étais battue pour l’avoir. Je l’avais obtenue parmi des jeunes garçons titulaires du bac ou plus. C’était plus qu’un défi.
« Par la présente, je fais suite à mon appel téléphonique du 4 juin 2008 lors duquel vous m’avez demandé de vous adressez un courrier relatant les faits de harcèlement sexuel au travail dont j’ai commencé à vous parler.
A la fin de l’année 2005, j’ai été contactée par ma boite d’intérim afin de travailler en tant que magasinier cariste chez … Il s’agissait d’un contrat à durée déterminée d’un an qui débouchait ensuite sur une embauche. Je tiens à préciser qu’ils ont fait appel à moi pour ce poste car j’étais un bon élément. C’est en effet à la suite de nombreux tests et sélections ainsi que l’obtention du … que j’ai eu la chance d’intégrer cette formation au sein de … .
Nous étions une trentaine de personnes, partagés en deux groupes, et deux personnes par secteur. J’étais la seule femme.
Le premier jour, mon chef est venu nous chercher, moi et un autre garçon, pour intégrer nos postes au … . Ce premier jour s’est passé normalement : présentation, visite etc.
Le 2ème jour, mon chef m’a présentée à Monsieur … et m’a informé que j’allais désormais dépendre de ce dernier. Par la suite, Monsieur … m’a prise à part et m’a parlé de mon travail. Puis il est très vite arrivé à parler de moi en me disant : "oui, dès que je t’ai vu, je suis parti me renseigner sur toi, j’ai vu ton âge, ton nom. Tu ne fais pas ton âge. Est-ce que tu es mariée ? Tu es très mignonne ; ne t’inquiète pas, c’est moi qui vais m’occuper de toi". Etc.
Dans le cadre de mon travail, j’étais amenée à sortir pour aller dans un autre bâtiment afin de changer la batterie. A chaque fois Monsieur … m’accompagnait : une fois, deux fois, trois fois, huit fois ! Alors que mon collègue (arrivé en même temps que moi) y allait tout seul, moi j’étais toujours accompagnée par Monsieur … .Au bout de la septième ou huitième fois, j’en ai eu assez qu’il m’accompagne car il parlait de sexe et se tripotait devant moi en me touchant la cuisse. Toute les 15 minutes, il venait me voir à mon poste, plaçait sa jambe sur mon chariot et commençait à se tripoter tout en me touchant la cuisse. J’étais dégoutée mais je gardais tout en moi car j’avais peur de perdre ma place si je lui disais quoi que ce soit. Cette place, je m’étais battue pour l’avoir. Je l’avais obtenue parmi des jeunes garçons titulaires du bac ou plus. C’était plus qu’un défi ; c’était mon avenir et celui de mes filles que j’élevais seule car, croyez-moi, ça n’était pas facile. Les places étaient chères et en plus, pour moi, c’était un honneur de travailler pour … . C’était tout un symbole.
Il n’arrêtait pas de me dire que son chef lui faisait entièrement confiance, que c’était lui qui décidait de garder ou de virer quelqu’un… D’ailleurs je voyais bien que ces deux-là étaient complices. En effet, Monsieur … faisait une pause "alcool/cacahuètes" (vers les 11 heures lorsque nous étions du matin et vers les 19 heures lorsque nous étions du soir) et de temps en temps, le chef venait boire avec lui. Monsieur … insistait pour que je vienne boire avec lui et que je laisse mon travail. Comme excuse je lui avais dit ne pas boire mais il m’avait offert le privilège de boire un soda. Alors que j’insistais gentiment pour qu’il me laisse travailler, il me disait de descendre du chariot et faisait mon travail à toute vitesse afin de m’avancer et de m’envoyer à la salle de repos. Il me disait : "allez, t’inquiète pas !". J’avais beau prétexter n’importe quoi (notamment le regard des autres collègues et du chef), il me répondait : "t’inquiète pas, personne n’a rien à dire ici. Bois ton soda !" . Puis il se remettait à me parler de sexe. Il s’approchait tout près de moi, me touchait, se frottait les ... C’était ainsi sans arrêt. »