Victime de sa hiérarchie

Ce harcèlement sexuel évident a laissé place à un harcèlement moral plus insidieux. Les critiques sur mon travail étaient constantes. En même temps, il me faisait travailler durement sur des dossiers qui n’ont jamais abouti ; d’ailleurs je doute même de l’existence de certaines demandes de clients


« Les faits exposés ici s’entendent de septembre 2004 à mars 2007, soit la durée de ma présence au sein de la société XX, un cabinet XX dans Paris. J’y ai été stagiaire jusqu’à juin 2005, puis j’ai continué en CDI. Le poste que j’occupais était celui de conseillère en gestion de patrimoine.

Ma hiérarchie était constituée des associés de la société … . J’accuse ce dernier de harcèlement et d’agressions sexuels.

Voici les faits :

• Septembre 2004, jusqu’à son opération de la prostate (courant décembre 2005) :

Nos relations étaient médiocres et tendues principalement en raison d’une incompatibilité de nos personnalités. Il régnait au mieux une indifférence courtoise.

Il faisait néanmoins des remarques graveleuses à chaque fois que j’étais vêtue d’une jupe ou d’une robe et me posait la question suivante lorsqu’il notait que n’en n’avais pas mis depuis longtemps : "pourquoi ne mettez-vous pas de jupes ? Je préfère les femmes au féminin".

Plus généralement, dès que ma tenue lui plaisait, il ne se privait pas de faire des commentaires parfois très grossiers.

A l’approche de son opération, il était devenu insupportable et s’inquiétait constamment et à haute voix de ses prochains troubles sexuels.

• Après son opération et retour de sa convalescence (courant janvier 2006)

Comme il se plaignait de fortes douleurs et d’une grande fatigue, j’ai éprouvé de la compassion pour lui. J’ai été attentive et prévenante.

De son côté, éprouvé physiquement et émotionellement par son opération, il a tempéré son attitude traditionnellement belliqueuse et était même devenu agréable. Je n’avais donc plus aucune raison de rester constamment sur la défensive.

Notre entente s’est améliorée à tel point qu’il a écrit au dos d’un petit tableau offert à l’occasion : "de xx à xx ce jeudi 19 janvier 2006 en toute amitié et confiance avec mon … . naissant (signature)".

Alors je lui ai demandé ce que signifiaient ces points de suspension, il s’est abstenu de me répondre et m’a encouragé à deviner. J’ai tenté de le faire, puis pressentant une signification douteuse dont je ne voulais rien savoir, j’ai abandonnée puis oubliée.

Par la suite, il se confiait beaucoup. Principalement sur le plan sexuel. J’étais au courant de toute l’évolution de ses troubles sexuels postopératoires (de son impuissance totale jusqu’aux premiers "réveils") ainsi que de ses aventures adultérines récentes et anciennes.

Il a trouvé un jour que je marchais bizarrement supposant une nuit de débauches. Une autre fois, alors que j’étais assise sur un tabouret à sa droite devant son bureau pour travailler sur son ordinateur, il a posé sa main sur ma cuisse gauche, l’a tâtée puis a fait le commentaire suivant : "vous avez la cuisse moelleuse, je suis étonnée".

Ainsi, le ton amical était devenu peu à peu séducteur. Des sms sont apparus auxquels je ne répondais pas (Voir procès verbal de constat qui en recense 20, sachant qu’un grand nombre d’entre eux ont été effacés dès réception). Cette période s’étend de mai à octobre 2006.

L’entente paisible correspondait en fait une approche de séduction et non à une amitié naissante. Devant mon absence de réponse, les sms sont devenus explicites, la plupart évoquant sans détour mes parties intimes. Ceci complété par une attitude défensive et un rejet visible ont finalement abouti à une reprise des hostilités face auxquelles je n’hésitais plus à me défendre franchement.

Ce harcèlement sexuel évident a laissé place à un harcèlement moral plus insidieux. Les critiques sur mon travail étaient constantes. En même temps, il me faisait travailler durement sur des dossiers qui n’ont jamais abouti ; d’ailleurs je doute même de l’existence de certaines demandes de clients.

J’ai travaillé pendant environ 3 ans dans cette société. Je n’ai pris qu’une seule fois des congés maladie "longue durée" - en fait 3 jours – des congés qu’il a considérés comme une absence complaisante.

Pendant toute cette période, il profitait de la moindre occasion pour me toucher. Par exemple il parlait souvent avec ses mains, lesquelles atterrissaient régulièrement sur ma poitrine. Sans le faire exprès, disait-il. Un certain nombre de personnes peuvent en témoigner.

Une autre fois, un matin, je suis allée le saluer dans son bureau. Alors que j’étais sur le point de lui faire la bise sur la seconde joue, il a dévié soudainement pour m’embrasser sur la bouche. J’ai hurlé puis me suis réfugiée dans le bureau du gérant.

Lorsque celui-ci s’absentait pour congés, il faisait régner la terreur au bureau. Sans doute voulait-il exprimer son autorité à ces occasions. Lorsque le harcèlement est devenu moral, il en profitait pour m’épier afin de me compromettre.

(…)

SR, sont les initiales de xxx, une assistante de direction en contrat de qualification. Malheureusement, elle a subit le même harcèlement que moi.

Ne tenant plus à travailler dans de telles conditions et dégoutée du métier – alors que son associé me proposait depuis fort longtemps d’acheter des parts de la société, j’ai profité d’une opportunité pour démissionner, en mars 2008. Quand on sait que l’actuelle crise financière détruit un nombre considérable d’emplois, je considère avoir bénéficié d’une grande chance même si celle-ci a tardé à venir.

Dernière anecdote : nous avons déjeuné tous ensemble au restaurant où j’ai reçu en cadeau de départ deux livres dont l’un portait le titre "la richesse révolutionnaire". Sur les premières pages, il a écrit le mot suivant : "Peut-on combiner richesses et révolution ? A vous de conclure après lecture ! En tout cas, en ce jour de départ et de rupture, je vous pardonne – en bon chrétien – de m’avoir tant fait souffrir (signature – 28 mars 2008)".

Je crois qu’il est inutile de commenter.

Je peux dire aujourd’hui que je suis beaucoup plus épanouie dans mes nouvelles fonctions. Mais je repense souvent à cette époque avec amertume. J’ai subi un préjudice moral lourd et j’espère qu’il sera réparé justement. Au-delà de mon combat personnel, je tiens absolument à stopper les agissements de cet individu étant donné que je ne suis ni la première ni la dernière à subir de tel harcèlement sexuel. »