Aurélia, victime de violences conjugales

C’est par l’intermédiaire d’un site de rencontres que j’ai rencontré G... Je passe sur les premiers mois où il était assez agréable... Son caractère et son attitude se sont modifiés quand j’ai appris que j’avais un cancer du sein... il a commencé à me frapper à la moindre contrariété (...)


C’est par l’intermédiaire d’un site de rencontres que j’ai rencontré G. Je passe sur les premiers mois où il était assez agréable en dépit d’une attitude psycho-rigide évidente, d’une radinerie maladive et d’un égocentrisme prononcé. G a fait des études dans une grande école célèbre, il est cadre supérieur dans une entreprise réputée et vit dans un arrondissement de Paris très côté.

Son caractère et son attitude se sont modifiés quand j’ai appris que j’avais un cancer du sein (qui a été bien soigné et guéri).

Tout en gardant en société une attitude apparemment courtoise et soucieuse de ma personne, il a commencé à me frapper à la moindre contrariété, la moindre fatigue, la moindre remarque -même dans son intérêt -de ma part voire d’autres personnes. En parallèle, il me déstabilisait, me critiquait à un tel point que j’ai fini par devenir totalement silencieuse, exécutant ses ordres comme une zombie. Je devais demander sans cesse pardon pour n’importe quoi et dans n’importe quelles circonstances, J’étais abrutie, dépressive, craignant de perdre la raison.

Il m’a tourné le bras gauche et le poignet à plusieurs reprises ; j’ai porté une attelle pendant des semaines ; il m’a obligé à traverser à genoux une pièce après un voyage un peu fatiguant ; arraché les cheveux par poignées, blessé au visage. Il cognait, me jetait par terre, cherchait à m’étrangler. Je ne réagissais même pas.

J’acceptai les choses en pensant que - oui - c’était moi la coupable de tout cela. J’étais l’idiote, la stupide, la criminelle ; lui, très intelligent, "raisonneur" et cultivé, avait "toujours raison". Il me faisait un honneur, un cadeau en étant avec moi. J’étais son obligée pour tout.

Ce sont ses deux soeurs qui m’ont délivrée de ce cauchemar car je persistais à "faire des efforts" pour garder cette relation en dépit des conseils de mes amis personnels.

Elles ont deviné, à notre première rencontre, les blessures morales et physiques que j’endurai depuis plusieurs mois, m’ont parlé de leur enfance commune (cet homme a été battu par sa mère et mis en pensionnat très jeune, père absent du foyer) et des échecs répétés des relations que leur frère avait eu avec d’autres amies.

J’ai porté plainte il y a un an maintenant. Ma plainte a été enregistrée et suit son cours.

J’ai mis une année pour me remettre de cela. J’ai bénéficié d’une psychothérapie à l’hôpital où j’ai été opérée car le chirurgien a immédiatement constaté le matin de l’intervention que j’étais très mal sans en connaître toutes les raisons (le matin de l’intervention G m’avait jeté sur son palier) . Des amis, l’écriture, des médicaments et ma volonté personnelle de me reconstruire, de mener des projets, mon activité professionnelle m’ont aidée également à m’éloigner de cette relation nocive pour mon équilibre.

Aujourd’hui je dis ceci :

- Même très amoureuse d’un homme qui, sur certains points, semble exceptionnel (intelligence, beauté, situation sociale...), une femme ne doit pas accepter des violences physiques et morales. Au premier geste -une gifle, une bousculade -, des critiques dévalorisantes et injustifiées, elle doit interrompre la relation, sans pardonner ou se culpabiliser.

- Une relation de couple n’est viable que dans un respect total réciproque ; aucun homme même très attractif ne justifie la violence physique et morale.

- La violence n’est pas à mettre systématiquement en relation avec pauvreté, difficultés sociales, erreurs éducatives ou addictions à l’alcool ou la drogue. Elle existe chez des hommes socialement et intellectuellement favorisés.