Témoignage de Marie, ancienne enfant témoin
Pendant près de 15 ans, j’ai vu mon père battre et insulter ma mère. C’était un homme cultivé, fonctionnaire sans histoire, plein d’esprit et drôle.
N’oubliez pas les enfants !!! Ceux regardent, qui entendent et qui d’une manière ou d’une autre réagissent à la violence de leurs parents, entre leurs parents.
Pendant près de 15 ans, j’ai vu mon père battre et insulter ma mère. C’était un homme cultivé, fonctionnaire sans histoire, plein d’esprit et drôle.
Tous les soirs : Guetter le retour du père, sonder l’état d’ébriété et les dégâts potentiels. Allait-il s’endormir avant même d’avoir terminé son repas ou risquait-il de s’énerver et de frapper ? Bien sûr nous ne dormions jamais avant que lui même ne se soit endormi, donc vers 22h/23h. C’est bien tard pour de jeunes enfants !
Allais-je devoir planquer fourchettes et couteaux sous mon lit pour éviter le pire que je redoutais ?
Allais-je devoir sauter sur son dos pour qu’il arrête de taper maman ?
Allais-je devoir parler avec lui pendant des heures (toi, ma fille, tu es la seule à me comprendre) pour détourner sa violence ?
Et puis le matin arrivait : rien n’est simple... Mon père se répandait en excuses et en promesses jamais tenues et ma mère l’humiliait et assénait des paroles terribles : "tu n’es pas un homme", "tu es un monstre, un moins que rien"...
Rien de tout ce gâchis n’est structurant.
Je voulais juste que cela cesse, être tranquille, ne plus avoir peur et avoir des préoccupations de mon âge.
"Iras-tu en prison, Maman, si on tue papa ?", voilà les questions que l’on posait, mon frère et moi à 12 et 15 ans !
Heureusement, il s’est tué tout seul sur la route. J’avais 14 ans et je n’ai ressenti qu’un immense soulagement. C’était fini, tout allait pouvoir devenir normal. Et bien non, quand on ne sait que se défendre, que protéger sa mère on ne sait pas construire une vie normale.
J’ai 48 ans et je sursaute encore si une porte claque derrière moi. J’ai deux enfants, un mari très gentil (j’ai mis du temps à le trouver celui-là) et, autour de moi, on ne comprend pas vraiment pourquoi je suis si nerveuse.
J’ai bien sûr fait une grave dépression mais il est possible de faire mieux que survivre même si les traces de cette enfance-là sont indélébiles. Il ne faut pas hésiter à se faire aider, c’est même un devoir pour ne pas reproduire sur son conjoint ou ses enfants.
Briser la chaîne, c’est tout à fait possible.